Politique

Islamo-Gauchisme : qu’en pensent les jeunes musulmans ?

Entre incompréhension et méconnaissance, l’islamo gauchisme suscite de nombreux débats et questionnements. Comment les musulmans vivent la situation ?

Léna Feghoul et Alvin Badila-Milandou
Publié le 10 mai 2021 à 7h00
2 minutes de lecture

L’islamo-gauchisme est au cœur des débats depuis quelques semaines. Cette notion compliquée à définir amène des questionnements sur l’université et son rapport à la gauche et à l’islam. Quel est l’avis des principaux concernés : les musulmans ? La Loop a échangé avec eux.

L’incompréhension autour de ce mot est grande. Personne ne le définit de la même façon. Certains y voient un terme péjoratif, majoritairement utilisé par la droite, visant à critiquer la gauche et l’université. Pour des jeunes musulmans tels qu’Abdel*, il est le résultat d’une montée anti-islam. “Beaucoup de gens mettent beaucoup de choses sur le dos de l’islam” confie le jeune belfortain.

De l’incompréhension à l’amalgame 

Samir*, un étudiant de 19 ans, ne comprend pas pourquoi ce terme lié à l’islam serait la cause des maux de la société. Il constate des amalgames, notamment entre état islamique et islam et des incompréhensions face à leur religion. Ces amalgames seraient ainsi la cause de la mauvaise utilisation, voire de l’existence du mot islamo gauchisme.

“On utilise ce mot car il y a beaucoup d’incompréhensions vis-à-vis de l’islam. Les gens ne cherchent pas à comprendre et parlent de l’islam. Ils ne se posent pas les bonnes questions et surtout, n’invitent pas des musulmans à en parler”, explique-t-il.

Selon Samir*, la crainte de l’islam pourrait venir de la peur de perdre l’identité nationale de la France. “Depuis le 11 septembre, il y a un rapport tendu entre les pays ayant une forte communauté musulmane et les musulmans”, poursuit l’étudiant.

Un débat qui n’a pas lieu d’être au sein de l’université

Pour Samir*, ce débat et cette enquête demandée au CNRS ne sont pas nécessaires. Reprocher à une religion, que ce soit l’islam ou autre, d’être source de problèmes à l’université n’est pas logique du tout. Selon Abdel*, l’université est un lieu où les libertés de chacun sont peut-être plus respectées qu’ailleurs. “On peut porter le voile sans déranger personne”, illustre-t-il. Pour lui, il y aurait donc ici une volonté de décrédibiliser la fac. “Comment peut-on mener une enquête scientifique sur la religion de quelqu’un ? Elle est censée être de l’ordre du privé. La fac, c’est une institution publique” s’interroge le belfortain.

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« L’islam est à la mode »

Malgré tout ce que ce mot peut engendrer, Abdel pense que quelques politiques, notamment de gauche, visent l’électorat musulman pour récupérer des voix chez les minorités. “Parfois, on dirait que l’islam est à la mode : boucherie halal, librairie religieuse… Donc certains élus surfent sur cette tendance et se rapprochent des musulmans pour obtenir des votes” note-il.

Une volonté de mettre à mal la gauche

La gauche est, tout comme l’islam, beaucoup critiquée. Le terme “islamo-gauchisme” n’échappe pas à la règle. Il est aussi utilisé par la droite pour blâmer la gauche. “L’islamo gauchisme est un concept mis en avant par l’extrême droite pour attaquer leur principal adversaire. Ces adversaires, à savoir, l’extrême gauche et les socialistes s’appuient sur des valeurs humanistes et égalitaires, prônées par ces deux idéologies que sont l’islam et les courants d’inspirations marxistes”, décrypte Samir*

* les prénoms ont été changés


Léna Feghoul et Alvin Badila-Milandou

Islamo-gauchisme à l'Université : le dossier

Le 14 février 2021, la ministre de l’Enseignement Supérieur, Frédérique Vidal, annonce qu’elle lance une enquête confiée au CNRS sur l'islamo-gauchisme et le post-colonialisme à l’Université. Une semaine plus tard, Jean-Michel Blanquer rajoute que l'”islamo-gauchisme fait des ravages à l’Université”. Mais finalement, quelqu’un a-t-il pu un jour donner une description claire et précise d’un islamo-gauchiste ? La Loop a enquêté pour tenter d’éclairer ce sombre débat…

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