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Journée des droits des femmes : l’ancienne étudiante bisontine, Aurélie Bresson rendra hommage à Alice Milliat


La Haut-Saônoise Aurélie Bresson inaugurera la statue en hommage à Alice Milliat ce 8 mars pour la journée internationale des droits des femmes. Retour sur le parcours inspirant de l’ancienne étudiante du DUT Info Com de Besançon.

Par Orlane Lachat
Publié le 7 mars 2021 à 14h00 | Mis à jour le 10 mars 2021 à 10h01

On ne compte plus le nombre de vies qu’a vécu (et vit encore) Aurélie. Après avoir grandi à Roye (Haute-Saône) et étudié à l’IUT Information Communication de Besançon, la jeune entrepreneuse à fait du chemin. À seulement 33 ans, elle a été élue Présidente de la Fondation Alice Milliat à l’unanimité. La jeune femme a aussi créé le magazine Les Sportives il y a cinq ans, mais son « vrai métier », comme elle le dit, est d’être directrice-conseil à l’agence Thalamus (Paris). Après un échange aussi long qu’intéressant, La Loop dresse le portrait de cette femme incroyablement inspirante.

« J’ai été nommée présidente de la Fondation par des personnes que j’admirais déjà sur les bancs de l’IUT Info-Com de Besançon. Et aujourd’hui, je me dis ”Mais qu’est-ce que je fais là, au milieu de ces grands noms ?!” »

Aurélie Bresson

Lundi 8 mars, à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, Aurélie Bresson, récemment élue présidente de la Fondation Alice Milliat inaugurera la statue à l’effigie de cette dernière au Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF). Celle qui s’est tant battue pour la reconnaissance du sport féminin au niveau international rejoindra Pierre de Coubertin, l’homme à qui on doit les Jeux Olympiques tel qu’on les connait. La cérémonie sera diffusée en live à partir de 14 h 30 sur franceolympique.com.

La Haut-Saônoise sera aux côtés de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports, Roxana Maracineanu, ministre déléguée chargée des Sports, Anne Hidalgo, maire de Paris et Tony Estanguet, président de JO de Paris 2024. « J’ai été nommée présidente de la Fondation par des gens que j’admirais déjà en 2007 sur les bancs de l’IUT Info-Com de Besançon, pour leur fidélité à la cause, pour leur engagement, pour leur solidarité et leur présence. Et aujourd’hui je me dis ”Mais qu’est-ce que je fais là, au milieu de ces grands noms ?!” » Si on l’avait prévenu de ça à l’époque où elle était étudiante, elle nous aurait ri au nez, confit-elle.

En quoi consiste la Fondation Alice Milliat ?

La Fondation est un hommage à l’un des symboles du sport féminin, Alice Milliat (1884-1957). Elle est au sport féminin ce que le Baron de Coubertin est au mouvement olympique. Entre autres, elle fait partie des fondatrices de la Fédération des Sociétés Féminines Sportives de France en 1917. Si on la compare à Pierre de Coubertin, c’est surtout parce qu’elle milite pour la participation des femmes aux Jeux Olympiques. Devant le refus du Comité International Olympique (CIO), elle décide d’organiser des compétitions féminines, nationales d’abord puis internationales. Le succès de la seconde édition des Jeux Féminins (Suède, 1926) convint le CIO qui autorise enfin les femmes à participer à des épreuves officielles lors des Jeux Olympiques de 1928 à Amsterdam.

Alice Milliat pratiquait essentiellement l’aviron, la natation et le hockey sur gazon. C’est grâce à elle que les femmes peuvent participer aux Jeux Olympiques / Photo DR

“Les petits signes de la vie”

Aurélie Bresson est devenue la Présidente de la fondation il y a quelque mois, et pour deux ans. « J’ai pris le temps de donner une réponse, car quand je m’engage, je veux être sûr de pouvoir le faire à 100% ». Après plus d’un mois de réflexion et de nombreux signes, elle se lance. « Les petits signes de la vie m’ont aussi interpelé et me disaient ”Dis donc, c’est peut-être le chemin à prendre”. Ils vous remettent sur les rails », dit-elle en évoquant sa lecture du dernier numéro de la première revue fédérale féminine intitulée Les Sportives. Jusque-là, elle en ignorait l’existence.

En 2016, elle créera d’ailleurs son magazine sous le même nom (Les Sportives), sans savoir qu’il avait été donné à une revue une centaine d’années auparavant… « Je me suis dis ”Ma cocotte, tu sors un magazine 95 ans après ce numéro qui s’appelle pareil, tout en l’ignorant”. C’est la continuité du combat dans la médiatisation du sport féminin. Je l’ai pris comme une nouvelle mission, ça allait de soi », déclare-t-elle. Un doute de légitimité s’installait… « Beaucoup d’athlètes olympiques auraient pu assurer ce rôle, et je n’y ai jamais participé. Finalement, après réflexion, c’est l’engagement et les valeurs qui comptent le plus je crois. »

Engagement, passion et fougue

Son rôle en tant que présidente c’est de repérer les différentes initiatives, les valoriser, les financer et les accompagner, pour que la Fondation soit vraiment fédératrice. « La complémentarité entre la Fondation Alice Milliat et Les Sportives me conforte vraiment dans mes engagements. C’est avec encore plus de fierté que, lundi, je parlerai de cette cause, d’Alice Milliat et de toutes les personnes qui œuvrent depuis des décennies. En être la porte-parole, je n’y aurai jamais cru. Ça m’a donné confiance de réaliser ce que j’ai fait avec Les Sportives jusqu’à maintenant. Quand je prends conscience de l’événement de lundi, je me demande ce que je fais au milieu d’eux, et en même temps je prends conscience de ma jeunesse, de ma fougue, de ma spontanéité. Et c’est sûrement ce qui a plu, en plus de mon travail bienveillant sur le magazine. »

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« Aurélie t’as 33 ans, et pourquoi pas 40 ans ministre ?! »

La Loop : Y a-t-il un petit syndrome de l’imposteur caché derrière ça ?

A.B : Je dirai qu’en tant que femme, toujours un peu. Mais c’est plutôt que je n’ai pas encore conscience de ce que j’ai fait. C’est aussi le fait de me dire « Aurélie, t’as 33 ans, et pourquoi pas 40 ans ministre ?! ». En fait, je me dis surtout « et après ? » Enfin, si à 33 ans je suis capable de faire ça, si à mon âge j’ai encore cette énergie et cette fougue, c’est loin d’être fini : j’ai envie d’attraper la Lune ! Je me dis aussi que si j’en suis ici, c’est qu’il y a encore d’autres moments historiques qui m’appellent et j’espère y contribuer forcément.

Au début des Sportives, beaucoup me qualifiaient d’arriviste et je le prenais mal. Et finalement non, c’est une fierté. Ça veut dire que j’ai su arriver au bon moment et j’ai revu les choses autrement. Il y a quelques semaines j’aurais pu dire oui, mais j’ai encore une grosse part d’insouciance, et je fais les choses avec beaucoup de cœur, alors je ne me rends pas vraiment compte de l’impact.

Naissance du magazine Les Sportives

Interface du site web www.lessportives.fr

Aurélie a créé Les Sportives en 2016, mais l’idée lui est venue lorsqu’elle suivait les cours du DUT Info Com avec des handballeuses de l’ESBF. Les joueuses savaient gérer les différentes facettes de leur vie, sans sourciller. Ce qui étaient des choix pour elles, paraissaient comme des sacrifices : pas de repas avec les autres, pas de soirées étudiantes, un emploi du temps aménagé pour cumuler sport et étude. « Je devais les mettre plus en lumière. Personne ne le faisait », raconte la jeune femme. La raison a aussi été personnelle. « J’ai pris conscience tard que mon lien au sport était aussi construit sur ma propre pratique. Mon père me jugeant trop masculine décide de m’inscrire à des concours de beauté. Ça m’a empêché de m’exprimer autant que je le voulais à travers le sport. Aujourd’hui j’ai une pratique très libre, je fais du sport pour moi, pas pour rentrer dans les codes de beauté. »

Ensuite, La Loop a échangé à propos du magazine, du sport féminin, de ses doutes et ses faiblesses, et de la femme passionnée qu’elle est. Entretien.

La Loop : Est-ce que vous avez déjà eu des retours de sportives qui vous auraient remercié d’avoir mis un peu de lumière sur elles, leur sport et sur elles en tant que communauté aussi ? Que grâce à ça, elles ont été un peu plus libérées ?

A.B : C’est justement cette notion de communauté, sans être communautaire, que je cherchais en appelant mon magazine Les Sportives, et non pas La Sportive. Je voulais cette notion de diversité, de solidarité, et à caractère sociétal : les sportives dénoncent de plus en plus ce qu’elles vivent et je voulais autant parler des athlètes que des sportives du dimanche. Être une sportive, ce n’est plus être un garçon manqué.

On entend que si le sport féminin est moins médiatisé que le sport masculin, c’est parce qu’il intéresse moins et que donc il rapporte moins. Quel constat vous en faites ?

Même s’il y a une sous-médiatisation du sport féminin, les choses ont énormément évolué en cinq ans. Quand j’ai lancé Les Sportives, il devait exister deux sites sur le sujet. Aujourd’hui, on trouve de nombreux comptes Instagram, podcasts, des blogs, d’autres sites internet… Ça a énormément bougé en quelques années. Je préfère parler de visibilité plutôt que de médiatisation, parce qu’il y a encore une nuance entre les chiffres observés depuis la télévision et la réalité des autres outils. On ne peut plus compter que sur les médias traditionnels. Grâce à tous les nouveaux supports, la visibilité grandit. Aussi parce que les sportives prennent la main elles-mêmes. Je pense qu’il y a aussi une évolution de l’image qu’on a de la sportive dans la société. Elles ont pris conscience qu’elle pouvait s’affirmer comme telle sur les réseaux sociaux. C’est assez récent que les femmes s’affichent en tenue de sport par exemple. Le jogging étant devenu à la mode, ça a beaucoup aidé. Dans les publicités de sport aussi, que ce soient les grandes marques comme Nike ou Adidas, les femmes sont les premières en ligne de mire. Même les salles de sport : c’est très récent qu’elles intègrent les femmes dans leurs campagnes de communication, parce que les dirigeants ont compris que c’était un nouveau public à conquérir.

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Quand on clamera les gens sur leur savoir-faire/être et non sur leur genre alors on aura tout gagné

Aurélie Bresson

S’il y a eu énormément de changement ces dernières années, que reste-t-il à faire pour tenter l’égalité dans le sport ?

C’est une vaste question ! Ça réunit beaucoup de facteurs. Il y a encore des lignes à bouger. Je ne suis pas très à l’aise avec la notion d’égalité, je prône plus l’équité. Je ne veux pas l’égalité à tout prix, qu’il y ait du 50/50 partout. Si à un moment donné une femme est meilleure dans un domaine, qu’elle est à 60 et que l’homme est à 40, et inversement, tant mieux. Si l’homme est foncièrement meilleur dans un domaine, alors les choses sont ce qu’elles sont. On ne veut pas l’égalité, mais l’équité. Plutôt la reconnaissance de l’humain que le genre. Quand on partira de là, avec une reconnaissance des capacités plutôt que du genre, quand on clamera les gens sur leur savoir-faire/être et non sur leur genre alors on aura tout gagné. Mais il y a un gros travail d’éducation et de formation derrière.

Vous ne parlez jamais de vos moments de doutes ou de faiblesses, il n’y en pas eu ?

On ne m’a jamais posé la question. Le dernier gros moment de doute en date, c’était mars 2020. J’ai vraiment cru que j’allais tout perdre au niveau des Sportives. Sur le développement digital, sur le fait de garder des emplois, sur le fait de ne plus être distribuée dans les kiosques, parce que c’est un gouffre financier. J’ai vraiment eu ce doute de tout lâcher.

Après j’en ai eu beaucoup, j’en ai très régulièrement. J’ai l’impression que chaque sortie de magazine est un accouchement. C’est des nuits sans sommeil, la gestion de A à Z, même si j’ai nommé une rédactrice en chef depuis octobre dernier, j’ai toute la publication du magazine. 90% des partenaires, des publicités qui rentrent, c’est grâce à moi. Il n’y a pas un article qui sort sans passer sous mes yeux, tout est co-construit. Je suis au courant de tout.

Je passais des soirées à faire mes propres enveloppes pour les envoyer aux abonnés. Bien sûr je me suis déjà demandé pourquoi je faisais tout ça, mais j’ai aussi eu des moments d’excitations. Chaque sortie de magazine est une remise en question : “Est-ce que ça va plaire ? Sommes-nous à la hauteur du sujet ? Est-ce qu’on ne s’est pas trompé ?” En fait, on reçoit le magazine comme un cadeau de Noël. C’est un choix de vie, c’est du travail, des rencontres, de la réflexion.

J’ai déjà eu envie de tout arrêter, mais il y a toujours le destin qui nous ramène sur les rails, les rencontres qui nous stimulent, la passion. Il y a quand même certains week-ends où je n’avais plus envie de parler de sport féminin. J’arrive au point de dire « c’est bon, je peux parler d’autre chose que de sport féminin ou de féminisme ! » rit-elle. Et d’un seul coup, je vois une sportive faire une super performance, et je suis obligée de faire quelque chose, je ne peux pas m’empêcher, c’est plus fort que moi. Ça fait partie de moi.

Tant qu’il y aura des femmes qui font du sport, il y aura le média Les Sportives

Aurélie Bresson

Donc, il n’y a vraiment aucune routine qui s’installe ?

Aucune, c’est ce qui est aussi très plaisant. On m’a beaucoup demandé « Le jour où la cause sera gagnée, il n’y aura plus besoin des Sportives ? » Au début, je disais que ça n’avait pas vocation à durer, mais en fait c’est tellement passionnant, il y a tellement de récits, de rencontres. Les Sportives, c’est bien plus qu’un média. Dans dix ans, il y aura toujours des femmes qui font du sport. Tant qu’il y aura des femmes qui font du sport, il y aura le média Les Sportives. Et tant que c’est un sujet à part entière, je ne lâcherai pas la cause non plus.

Avec vos nombreuses casquettes, vous arrivez à trouver du temps pour vous ?

Il y a des périodes ou je m’oublie, c’est certain. Le sport reste toujours mon échappatoire. Mais j’ai la chance d’avoir un entourage qui sait aussi me rappeler à l’ordre. Je coupe beaucoup plus qu’à la naissance du magazine (en dehors de mon métier). Mais en fait, quand on vit les choses avec tellement de passion, on n’a pas l’impression de travailler. Quand je travaille à l’agence, c’est une ambiance très familiale, et quand je travaille pour Les Sportives, j’ai l’impression que c’est du temps aussi pour moi, parce que c’est ce que j’aime faire. Si je n’avais pas créé le magazine, je n’en serais pas là aujourd’hui, et on a grandi ensemble, le magazine et moi. Humainement et personnellement, je n’aurais pas rencontré mes amis les plus chers. Malgré toutes mes casquettes, ma vie personnelle fait partie intégrante des Sportives.


Orlane Lachat

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