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D’écrivaine à réalisatrice, le défi de Laetitia Colombani

Après 5 millions d’exemplaires vendus, la romancière et cinéaste Laetitia Colombani a adapté son best-seller « La Tresse » au cinéma. C’est actuellement à voir en salle.


Emma Campy
Le 31 janvier 2024 à 19h56

Trois femmes, trois continents, trois combats, une même soif de liberté. En Inde, Smita rêve de voir sa fille échapper à leur misérable condition d’Intouchable. En Italie, lorsque Guilia découvre après l’incident de son père qu’ils sont criblés de dettes, elle doit se battre pour sauver l’entreprise
familiale.

Au Canada, Sarah, avocate réputée qui n’a jamais rien laissé se mettre entre elle et son
travail, se voit confronté à une chose qu’elle ne peut contrôler : un cancer.
Mais La Tresse, c’est avant tout une histoire de cheveux. Parce qu’en réalité, bien que leurs combats respectifs constituent indéniablement un lien entre elles, ce qui les rassemble ce sont surtout des cheveux, mais on préfère ne pas trop vous en dire et que vous alliez découvrir ça par vous-même, en salle.

Adopter une double casquette : écrivaine et réalisatrice.


Qui de mieux placé pour réaliser l’adaptation cinématographique d’un livre que son auteure elle-même ?
Bien qu’elle ait opéré quelques changements par rapport au récit de son livre, l’adaptation en suit le schéma narratif. C’est un film plein d’authenticité que nous présente Laetitia Colombani, et cela grâce à un travail des plus minutieux. Que ce soit au niveau du casting ou des techniques de réalisation, tout a été choisi afin que les différentes cultures soient pleinement représentées.


Le casting


Côté casting, elle tenait absolument à ce que le film soit tourné dans les trois langues et les trois pays du livre. Elle a ainsi fait appel à un directeur de casting dans chaque pays, et Michael Laguens, en France, a supervisé l’ensemble des trois qui se déroulaient en parallèle.
« Pour Smita, je ne voulais pas d’une actrice de Bollywood, mais d’une comédienne à la peau foncée comme les Intouchables. Mia Maelzer vient du théâtre et a joué dans The Field, un court métrage qui a obtenu un BAFTA, je l’ai trouvée remarquable. »
« Pour sa fille Lalita, je voulais une Intouchable, pas forcément une enfant qui ait de l’expérience : le directeur de casting indien s’est rendu dans des foyers d’accueil pour enfants des rues. Il a repéré une fillette de 9 ans, Sajda Pathan, née dans un bidonville. Sajda avait la tête pleine de poux, mendiait pour manger. Elle ne savait ni lire, ni écrire. Lorsque je l’ai rencontrée, son intelligence et sa présence à l’écran m’ont impressionnée »
« Pour Giulia, la directrice de casting italienne m’a proposé beaucoup de jeunes actrices et quand j’ai vu Fotinì Peluso, j’ai eu un flash. Elle est divine ! Elle avait exactement ce que je recherchais : une beauté qui s’ignore, une sensualité qui n’est pas fabriquée, elle plaît mais elle ne le sait pas. »
« Pour Sarah, un agent américain nous a proposé une rencontre avec Kim Raver. Je la connaissais grâce aux séries Grey’s Anatomy et 24 heures chrono, et physiquement, elle correspondait parfaitement au personnage que j’imaginais : blonde, élancée, un physique fin mais beaucoup de force. La rencontre s’est merveilleusement passée Kim a totalement compris le personnage, tiraillée entre sa vie personnelle et sa carrière. Dans la vie, Kim a deux fils, elle a beaucoup tourné tout en s’occupant de ses enfants. »
Mia Maelzer, Saida Pathan, Fatini Peluso et Kim Raver : quatre actrices qui ont su incarner leur personnage avec brio.


Trois grandes lignes de réalisation


Afin que les spectateurs puissent rentrer dans l’univers de chaque personnage, ce sont aussi différentes techniques de réalisation qui ont été adoptées. Pour définir les lignes esthétiques de chacun des trois pays, Laetitia Colombani a travaillé avec le chef opérateur Ronald Plante. Ensemble, ils ont choisi des optiques et des caméras différentes à chaque fois. En Inde, ils ont privilégié la caméra à l’épaule afin de bénéficier d’une plus grande liberté, d’une meilleure improvisation dans les mouvements, de pouvoir être au plus près des actrices et de capter les éventuels accidents de parcours. Ils se sont également abstenu d’éclairage artificielle, au profit de la lumière naturelle. Au Canada, les mouvements d’appareils à la Dolly et le travail sur pied ont permis de suggérer qu’au début, Sarah était dans un désir de contrôle dans une société où tout est cadré. Visuellement, dans les décors et les costumes, la partie canadienne est plus froide que la partie indienne. Le cabinet d’avocat étant un univers policé, où les rapports sont cordiaux, distants et normés. Pour l’Italie, le steadicam a été privilégié afin de suivre de manière fluide la protagoniste, qui est souvent en mouvement. Il y avait une volonté d’accorder une grande place à la mer, aux couleurs méditerranéennes et aux costumes assortis à cette gamme chromatique, à travers le vert olive, le bleu de la mer et celui des blouses des ouvrières. Avec ces trois histoires imbriquées dans un même film, on pourrait avoir peur de s’y perdre, mais
l’utilisation de fondus enchainés et la parfaite représentation de chaque culture remédient à ce
problème.

À travers son film La Tresse, Laetita Colombani nous offre une belle leçon d’humanisme, qui pousse à
la réflexion quant à ce qui compte vraiment.



Emma Campy

Projet porté par :