Portraits

Lucas Humoriste, le Bourguignon aux 1,3 million d’abonnés sur TikTok

À 21 ans, Lucas Baudot, originaire de la Bourgogne, s’est lancé dans l’humour sur TikTok en mars 2021. Caricaturant la boulangère arriérée, les professeurs, les personnes âgées, la caissière désagréable ou la conductrice de bus pressée, l’humoriste ne manque pas d’inspiration. Chaque spectateur sera forcément concerné par une de ses 600 courtes vidéos déjà en ligne, directement tirées de son quotidien ! Portrait de cet humoriste local aux 1,3 million d’abonnés.


Hugo Petitjean
Le 13 janvier 2023 à 11h02

Une formation par le théâtre

Très vite, Lucas est intéressé par l’acting. Il entame une aventure théâtrale au club théâtre de son collège à son entrée en sixième. Après la troisième, n’appréciant pas le théâtre classique où l’apprentissage de texte est nécessaire, il décide d’intégrer un club d’improvisation théâtrale indépendant.

Le théâtre, c’était pour lui un tremplin vers l’humour. À l’origine, Lucas se rêve humoriste, comédien ou acteur. Ce monde où l’on joue un rôle. « J’ai fait du théâtre dans l’objectif de devenir humoriste. C’était un peu ma formation pour y arriver. Aujourd’hui, je connais les codes : je sais comment poser mon regard, ma voix, mettre en scène une gestuelle », raconte Lucas.

Pourtant motivé, Lucas abandonne rapidement l’idée d’une carrière d’humoriste à laquelle sa conseillère d’orientation de l’époque était opposée. « Elle me disait que c’était un métier de hasard et qu’il ne fallait pas tout miser là-dessus », se souvient-il. Il s’oriente alors pour devenir professeur des écoles et intègre un cursus de sociologie à l’Université de Dijon dans l’objectif de passer ensuite un Master de l’Enseignement et de la Formation.

Un repas qui marque ses débuts dans l’humour

Sa carrière dans l’humour commence véritablement en mars 2021. Lucas a toujours aimé faire rire et « amuser la galerie ». C’est lors d’un repas auquel il avait convié une amie que tout commença. « À la fin du repas, quand j’ai débarrassé, j’ai fait le con et j’ai imité la serveuse. Ma copine a trouvé ça très drôle, elle a voulu filmer ça et le poster sur TikTok », se remémore Lucas. Cette vidéo aura un succès phénoménal. « Au bout d’une heure, 10 000 vues, 100 000 vues, 200 000 vues. J’ai recommencé le lendemain avec une partie 2, ç’a plu. J’ai recommencé la semaine d’après avec un autre personnage, une secrétaire, et ç’a plu aussi », raconte l’humoriste.

Il s’aperçoit à cet instant que sa carrière a commencé : il a son premier public, il atteint rapidement un grand nombre de vues. Il quitte alors son cursus universitaire pour s’orienter vers une formation de sophrologie, parallèlement au succès qu’il rencontre.

Percer dans l’humour, « un monde de requins » et chronophage

Grâce à ce succès, Lucas est parvenu aujourd’hui à faire de l’humour son métier principal. Aujourd’hui, son compte Lucas Humoriste est suivi par plus d’un million d’abonnés sur TikTok. Et ce n’est pas sans mal, car l’humour lui prend une grande majorité de son temps. Lucas estime à environ 60 à 70 heures par semaine le temps passé sur sa carrière d’humoriste. Il y a d’abord les sessions de tournages, qu’il assure quand il n’a plus de vidéos en stock, mais aussi le travail de l’ombre. « Je passe 90 % de mon temps à faire de la comptabilité, à faire des déclarations, à gérer des droits d’auteurs », regrette Lucas, qui reconnait que ce sont des tâches administratives qu’il doit absolument prendre en compte dans son organisation.

J’aimerais bien voir à ma place ceux qui disent qu’on ne fout rien !

Lucas Humoriste

Lucas le reconnaît, il est très difficile de percer dans l’humour. Plus que ça, c’est un milieu très individualiste dans lequel personne ne se fait de cadeaux. « On n’est pas copains-copains entre humoristes. Il y a beaucoup de concurrence entre nous. C’est un monde de requins, comme le cinéma, et j’en ai fait les frais ». Une chose est sûre pour lui, il n’y a pas de place pour tout le monde, évoquant notamment le plagiat qu’il subit régulièrement. « Une fois que quelqu’un a lancé le concept, laissez-lui le concept ! Ce n’est pas parce que tu as fait deux ans de club théâtre que tu peux te permettre de plagier. Il y a de la place pour tous les concepts, mais pas pour tout le monde », juge Lucas, qui estime en prime que c’est un milieu professionnel qui requiert des compétences, qu’il a acquises durant ses cours de théâtre. « Être humoriste, ce n’est pas uniquement percer sur TikTok, c’est avoir un parcours ».

La Mumu, la caissière, la boulangère : la parfaite incarnation de nombreuses personnalités

Ses vidéos d’humour se veulent assez minimalistes : une perruque, quelques bijoux, un manche à balais ou un ventilateur en guise de volant de bus. Des vidéos qui paraissent spontanées, toutefois plutôt peaufinées dans le choix des tenues et avec de nombreuses prises ratées qui n’ont pas leur place pour cet humoriste perfectionniste. C’est l’envers du décor, même s’il l’affirme, il laisse place à ses racines : l’improvisation et le hasard. Ses vidéos sont ainsi tournées sans texte écrit, ou très rarement.

Durant ses sessions de tournage d’environ deux heures, tournées au smartphone, Lucas met en scène de nombreux personnages tirés de sa vie quotidienne. Des personnages banals à l’origine que Lucas se plait à rendre drôles grâce à son sens aiguisé de l’observation. « Quand on va dans un magasin qui vous jette vos courses à la caisse, on n’a pas envie de rigoler sur le moment. Moi, je prends ces personnes-là et je les rends drôles ». Quel apprentissage du théâtre, quand on remarque dans chacune de ses vidéos que chaque mimique et chaque regard sont scrupuleusement reproduits.

La vendeuse maniérée, la caissière désagréable, les personnes âgées, les conducteurs de bus, les mamans, la documentaliste arriérée, les professeurs… Tout le monde y passe, et chaque spectateur reconnaîtra forcément une personne de son quotidien dans les 600 vidéos déjà postées sur ses comptes TikTok, Instagram et Facebook.

Son personnage phare, c’est la Mumu, son premier personnage. Muriel, soixantenaire, est râleuse, révoltée et très cash. C’est l’ADN que lui a donné Lucas. « C’est avec elle que j’ai réalisé mes premiers spectacles, que j’ai réalisé mon premier one-man-show. La Mumu, elle a commencé et elle finira avec moi ! », sourit Lucas. Et le succès de ce personnage n’est pas dû au hasard : chacun le retrouve forcément dans son quotidien. « On a tous une Mumu en nous et dans notre famille », ajoute l’humoriste en citant la phrase d’une de ses abonnées.

« Vive les mariés », un deuxième spectacle virtuel

Cette Mumu sera d’ailleurs mise en scène dans le deuxième spectacle virtuel de l’humoriste, diffusé ce samedi 14 janvier à 21 h. Il raconte l’histoire de la fameuse Mumu qui apprend que son mari Roger souhaite l’épouser. Une déclaration qui va perturber sa vie quotidienne, que ce spectacle nous propose de vivre à ses côtés. Caissière, boulangère, conductrice de bus, ils seront tous au rendez-vous de ce spectacle que Lucas nous annonce « semé d’embûches et de rigolades ».

Ce spectacle fait suite à un premier datant d’il y a un an, que Lucas regrette de ne pas avoir travaillé davantage. « On s’attendait à 200 ventes et on en a eu six fois plus. Du coup, on n’était pas à la hauteur des attentes des gens », regrette Lucas, qui affirme pour cette seconde édition avoir mis les bouchées doubles depuis le mois de septembre. « On a fait un spectacle de qualité comme jamais ! On a mis un budget monstre dans ce projet et j’en suis très fier », s’émerveille-t-il, non sans rappeler et remercier toutes les personnes qui ont travaillé à ses côtés pour la réussite de ce projet, lui qui a l’habitude de travailler seul pour ses vidéos régulières.

Le nombre de places vendues a dépassé les attentes de l’équipe. Ceux qui le souhaitent peuvent encore prendre leurs places jusqu’au samedi 14 janvier à 16 h. Moyennant le paiement de 25 €, ils recevront un lien qui leur permettra de visionner la première diffusion le même jour à 21 h et de le revoir ensuite autant qu’ils le souhaitent jusqu’au 14 février.

Vivre d’une carrière d’humoriste

Malgré ce succès, Lucas tient à le rappeler, le salaire n’est pas sa motivation. Et heureusement car, selon lui, son salaire est dérisoire. « Je ne fais pas ce spectacle pour l’argent. Avec tout ce qu’on doit payer, il ne me revient pas grand-chose ». Au quotidien, Lucas touche une centaine d’euros par mois grâce aux réseaux sociaux. Pour vivre, il s’assure un salaire uniquement grâce aux partenariats qu’il entretient chaque mois. « Deux ou trois au maximum pour ne pas spammer mes abonnés. Et puis je les sélectionne avec attention. Ils doivent être éthiques et ce sont des produits ou des services que j’utilise et qui ont besoin de moi pour faire passer des messages importants », détaille-t-il.

« D’ailleurs, je n’ai rien à faire de l’argent, je ne suis pas flambeur. Ce qui me plait, c’est de faire rire, de me faire plaisir. Du moment que j’ai assez pour vivre, ça me suffit ! », positive Lucas, qui reconnait tout de même avoir une certaine appréhension chaque mois. « Des organismes nous attendent au tournant, et on sait quand ça commence, mais jamais quand ça se termine ». C’est peut-être inconsciemment pour cette raison que l’humoriste a choisi d’obtenir un diplôme de sophrologie. Au cas où.

J’étais un anti TikTok. C’était de la daube, pour moi !

Lucas Humoriste

Ironie du sort, Lucas n’était pas un amateur des réseaux sociaux. Grand utilisateur de Facebook, il avait d’énormes réserves concernant TikTok. « Avant, TikTok, c’était Jamais de la vie ! J’étais un anti TikTok, je ne voyais pas l’intérêt, c’était de la daube pour moi. Et au final, la daube est devenue aujourd’hui mon activité principale ! Instagram, pareil, je détestais ça. Et aujourd’hui, j’y passe des heures et des heures », s’amuse Lucas.

Désormais titulaire d’un diplôme de sophrologie, Lucas projette de combiner sa carrière de sophrologue avec celle d’humoriste, même s’il ne prévoit que quelques séances de sophrologie par semaine pour continuer d’assurer la « mission de vie » confiée par ses abonnés : les faire rire au quotidien grâce à ses vidéos.



Hugo Petitjean

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