Politique & société

Les jeunes militants politiques : Alexis Poyard, soutien de Jean-Luc Mélenchon, pour un « avenir en commun »

Louise Jeannin et Hugo Petitjean
Le 15 mars 2022 à 13h20, mis à jour le 18 mars 2022 à 12h22

Jusqu'au premier tour des élections présidentielles qui aura lieu le 10 avril prochain, La Loop se mobilise pour vous permettre de découvrir les jeunes qui militent pour les candidats. On échange avec eux autour de leur programme et de leurs mesures phares destinées aux jeunes. Rencontre avec Alexis Poyard, jeune Insoumis du Doubs.

L'interview en vidéo

Retranscription de l’interview

La Loop : Alexis Poyard, vous êtes étudiant en histoire et militant pour la France Insoumise depuis début 2020. C’est quoi votre rôle au sein de ce mouvement ?

Alexis Poyard : Je n’ai pas de rôle particulier, je suis juste militant. Il se trouve que l’été dernier, j’étais aux journées des Jeunes Insoumis. J’ai pu rencontrer beaucoup de camarades. C’est parfois moi que l’on contacte, mais c’est normalement un autre camarade qui s’en occupe.

LL : Combien êtes-vous de Jeunes Insoumis dans le Doubs ?

Dans le Doubs, nous devons être à peu près une dizaine/douzaine de jeunes militants Insoumis et une autre dizaine dans le reste de la région.

LL : Quand on est représentant d’un mouvement politique, quel qu’il soit, est-ce qu’on se doit de connaître le programme de son candidat par cœur ?

AP : Je connais les grandes lignes évidemment, mais aussi les mesures qui m’intéressent le plus personnellement. Par exemple, le fait de constituer une assemblée constituante pour une VIᵉ République.

LL : Vous, personnellement, pourquoi vous soutenez Jean-Luc Mélenchon (JLM) ?

AP : J’ai commencé à le suivre en 2017, aux dernières présidentielles. J’ai lu son programme et il m’avait beaucoup plus intéressé que celui des autres candidats. C’est avant tout pour son programme que je milite à la France Insoumise.

LL : En tant que jeune, c’est important pour vous de s’engager en politique, de s’engager derrière un candidat ?

AP : Oui, c’est important pour moi, cela fait 4 ans que je milite activement. Ça fait pratiquement partie de moi.

LL : On constate chez la jeunesse française un fort taux d’abstention (34% aux dernières présidentielles 2017). Comment est-ce qu’on peut remotiver les jeunes à se déplacer aux urnes ?

AP : Le fait que les jeunes se déplacent de moins en moins aux urnes, ce n’est pas signe de désintérêt politique pour moi. Effectivement, c’est vrai que depuis plusieurs années on vend aux Français, en particulier aux jeunes, que l’on va changer leur vie en profondeur et finalement, tous ces espoirs sont déçus. Je pense notamment au quinquennat de François Hollande qui a plombé la gauche pour plusieurs années. C’est plus une perte de confiance en la classe politique ces dernières années auprès des jeunes.

LL : Pourquoi selon vous, JLM est LE candidat à soutenir à gauche ?

AP : Déjà pour le programme comme je le disais, et notamment les idées pour la jeunesse qui sont, à mon sens, les plus intéressantes. Par exemple, le revenu mensuel de 1 063 € pour les jeunes détachés du foyer fiscal de leurs parents, la construction et rénovation de 15 000 logements étudiants, plus de moyens dans les universités, le RSA Jeunes, les transports gratuits pour les 18-25 ans…

LL : Si vous deviez donner 3 propositions phares de Jean-Luc Mélenchon pour les jeunes, ce seraient lesquelles ?

AP : D’une part, les 1 063 € mensuels comme je le disais précédemment, ainsi que la gratuité de la licence jusqu’au doctorat à l’Université. Nous avons tout un livret sur l’enseignement supérieur, mais aussi sur l’éducation nationale. Par exemple, nous voudrions revenir sur la réforme du baccalauréat parce que le contrôle continu fait que les lycées choisissent eux-mêmes leurs sujets et qu’il y a beaucoup de bacs différents. Il n’y a plus de diplôme national aujourd’hui.

LL : Vous parlez de la gratuité de la licence jusqu’au doctorat. Comment réussir concrètement à trouver de l’argent pour l’Université, alors qu’aujourd’hui (vous le savez puisque vous êtes étudiant) il n’y en a pas assez ?

AP : Les riches ont de l’argent, c’est même pour ça qu’ils sont riches ! L’évasion fiscale nous coûte environ 200 milliards d’euros par an, donc cela va se traduire par une lutte contre cette évasion fiscale ainsi que la mise en place d’un impôt sur la fortune (ISF). On va prendre l’argent là où il est. On prévoit aussi de rénover les locaux (des bâtiments comme l’Arsenal est problématique), augmenter les enseignants, les doctorants…

LL : Et plus largement, si vous deviez donner 3 autres propositions phares pour décrire le programme de Jean-Luc Mélenchon, ce seraient lesquelles ?

AP : Notre programme « L’avenir en commun » est détaillé en trois grands axes :

  • La VIe République pour refonder notre démocratie. Vous l’avez dit, il y a un vrai taux d’abstention de la part des jeunes depuis plusieurs années, donc il est important que l’on remette un peu plus de démocratie directe et participative en France. Pour cela, on convoque une assemblée constituante pour établir une nouvelle constitution pour le pays, afin de revitaliser notre démocratie.
  • On a des mesures face à l’urgence sociale : le RSA jeune, le recrutement de fonctionnaires, la renationalisation des autoroutes, etc.
  • Et évidemment la planification écologique. Justement, comme je le disais, le fait de ne pas voter n’est pas un signe de désintérêt pour les jeunes. Beaucoup ne vont pas voter mais s’engagent dans des associations ou dans du militantisme écologique. Pour cette planification écologique, on se base sur le rapport négaWatt qui vise la sortie du nucléaire et le 100 % renouvelable d’ici à 2050.

LL : Les sondages annoncent plutôt la droite, voire l’extrême droite en tête. Vous pensez que Jean-Luc Mélenchon pourra remporter cette élection présidentielle ? Pourquoi ?

AP : Il y a 5 ans, à la même période, JLM était donné à peu près à ce même niveau dans les sondages, peut-être même un peu moins (autour des 10-11 %). Finalement, il a fait 19 %. Aujourd’hui il est à 12-13 % donc on verra bien combien il fera au premier tour. Mais effectivement, il y a des chances qu’il se retrouve au second tour, voire qu’il passe le second tour. Même au sein de la jeunesse, quand on voit quel est le candidat préféré des jeunes, c’est JLM qui est devant, pour entre 1/3 et 1/4 des jeunes, selon les sondages.

LL : Beaucoup reprochent à JLM d’être extrémiste, d’être dans l’outrance (“La République, c’est moi”). Vous en pensez quoi ?

© Tenor

AP : Pour moi, ce n’est pas un comportement extrémiste en soi. C’était sous le coup de la colère. Ce jour-là, c’estQuotidien qui a fait les images. À cette époque-là, ils avaient oublié de diffuser des images montrant JLM et d’autres députés plus conciliants avec les journalistes et les policiers, et n’avaient diffusé que les images où JLM était plus « sanguin ». Si demain, on venait nous réveiller à 7h du matin pour une perquisition et que votre bureau l’était aussi, vous ne seriez pas enchantés. Ensuite, ça montre que JLM a un caractère fort, par exemple pour la diplomatie, qui ne se laisse pas faire ; plutôt qu’un Emmanuel Macron qui rencontre Poutine pour trouver un compromis et qu’une semaine après, la guerre en Ukraine éclate.

LL : Jean-Luc Mélenchon veut limiter la concentration des médias dans les mains des milliardaires. Ça veut dire qu’il souhaite maintenir l’audiovisuel public ?

AP : Pas 100% public, il n’est pas question de revenir à l’ORTF où s’exerçait la mainmise d’état. JLM veut interdire les monopoles, comme c’est le cas avec Vincent Bolloré (–) qui assume se servir de ça pour faire passer, je cite son « projet civilisationnel ». Et quand on voit de quel.s candidat.s il a le soutien et qui il soutient, on se dit que ce n’est pas normal d’avoir autant de concentration dans les médias.

LL : JLM souhaite “une police la plus désarmée possible”. Comment garantir notre sécurité avec des policiers désarmés ?

AP : Il ne s’agit pas de désarmer le GIGN ou la brigade antiterroriste. Désarmer la police, cela signifie ne plus utiliser d’armes de guerre lors des manifestations, et surtout quand elles sont pacifiques. Ça veut dire démanteler la BAC (et la remplacer par une police de proximité) pour que les fonctionnaires se sentent plus proches de la population ; démanteler l’IGPN et recréer un vrai organe de contrôle de la police qui ne dépende pas du ministère de l’Intérieur. D’une manière générale, c’est ôter aux policiers des responsabilités qu’ils ne devraient pas avoir. Ils en assument toujours plus et ont toujours plus de pression et finissent par être tout sauf être des gardiens de la paix.

LL : Jean-Luc Mélenchon veut “légaliser la consommation, la production et la vente de cannabis à des fins récréatives dans des conditions permettant de lutter contre l’addiction”. Ça veut dire quoi exactement ? Le cannabis pour circuler librement, sans aucun problème ?

AP : Actuellement en France, il y a une majorité de Français qui a consommé au moins une fois du cannabis dans sa vie. Et ce n’est pas en menant une politique ultra répressive, une politique du chiffre comme le fait Gérald Darmanin (le ministre de l’Intérieur, NDLR) que cela réduira les problèmes d’addictions. Donc on autorise la production et la consommation, mais encadré par l’État, parce que effectivement, cela peut être dangereux si c’est surconsommé. Le but étant d’avoir un monopole d’État. Cela permettrait aussi de porter un coup aux trafics illégaux. Pour lutter contre le crime organisé, les moyens que l’on aura supprimés à la BAC seraient remis dans la police judiciaire pour lutter contre ce trafic.

© The Left

Les engagements phares de Jean-Luc Mélenchon

Études / pour les jeunes

  • Instaurer une garantie d’autonomie de 1 063€ / mois pour faciliter l’autonomie financière des jeunes dès 16 ans et détachés du foyer fiscal de leurs parents
  • Cantines gratuites, 100 % bio et locales
  • Plan d’urgence de rénovation des établissements scolaires
  • Gratuité des formations universitaires (de la licence au doctorat)
  • Gratuité du transport
  • Démantèlement de Parcoursup, rétablissement du droit à la poursuite d’études en Master et abolition de la sélection pour l’entrée en licence
  • Instaurer le droit de vote dès 16 ans
  • Augmenter les indemnités de stage
  • Création de 15 000 logements CROUS supplémentaires

Politique

  • Passer à la 6ème République pour donner plus de pouvoir au peuple
  • Mettre en place une loi anti-concentration dans les médias

Santé

  • Légaliser et encadrer par un monopole d’État la consommation du cannabis à des fins récréatives
  • Assurer un service de santé public à moins de 30 minutes de chaque Français(e)
  • Instaurer le «100 % Sécu » en remboursant à 100 % tous les soins de santé prescrits

Social

  • Bloquer les prix de l’énergie du gaz, des carburants et de l’alimentation
  • Sortir du nucléaire et planifier le passage à 100 % d’énergies renouvelables
  • La fin des élevages intensifs
  • Augmenter le SMIC à 1 400 € net par mois
  • Restaurer la retraite à 60 ans
  • Rétablir l’ISF (l’impôt sur la fortune) et le renforcer
  • Créer une garantie d’emploi pour tout chômeur de longue durée, qui pourra se voir proposer d’être embauché dans un secteur d’urgence
  • Ouverture de l’adoption plénière à tous les couples

Sécurité

  • Démanteler la BAC (Brigade Anti-Criminalité)
  • Redéployer 10 000 agents de police sur des missions de proximité
  • Rénovation des commissariats
  • Sortir de l’Otan (organisation militaire)
  • Expérimenter le bridage des véhicules pour qu’ils ne puissent plus dépasser des vitesses excessives et inclure l’éthylotest anti-démarrage dans tous les véhicules


Louise Jeannin et Hugo Petitjean