Commerces et services

Acheter en click and collect pour la survie de nos librairies bisontines

Louise Jeannin
Le 23 novembre 2020 à 13h00, mis à jour le 30 juin 2021 à 20h50

Dans l'attente de leur réouverture, les libraires sont plein d'initiatives. On se penche sur les différentes mutations de leur métier pendant le confinement, notamment le « Click and collect ».

Partagés entre l’effervescence du click and collect et les préparatifs de la réouverture de leurs commerces, les libraires connaissent une période qui n’est pas de tout repos. Retenons que nombreuses sont les initiatives de chacun.

Les horaires des librairies sont évidemment restreints, mais elles sont toutes ouvertes pour vous accueillir dans le respect des gestes barrières. Les Sandales d’Empédocle, À la page ou encore l’Intranquille ont opté pour le click and collect. Cependant, l’Intranquille reste ouverte au public uniquement pour son rayon papeterie. Cliquer, commander, récolter. Telle est la devise de ce système mis en place par un grand nombre de librairies en France. Ne pouvant pas ouvrir pendant ce deuxième confinement, il fallait trouver une alternative viable. Il suffit de commander sur le site de ta librairie par mail, par téléphone ou encore via Facebook. Tu payes en ligne et tu viens récupérer ta commande à la librairie ou par livraison à domicile. D’autres innovent pour faciliter le paiement à distance de leur clients. En effet, chez BD Fugue (Grande rue), le paiement par carte bancaire peut se faire par téléphone. « C’est comme sur internet, sauf que les personnes nous donnent leur numéro et nous le rentrons manuellement sur le TPE (Terminal de Paiement Électronique). Cela implique que les gens nous fassent confiance mais il n’y a pas de souci et nous mettons leur ticket de carte avec le ticket de caisse dans leur sac » rassure Cécile, qui travaille dans ce commerce.

« On garde quand même un contact avec nos clients. Les gens jouent le jeu, nos clients nous soutiennent. Ils font beaucoup d’efforts, même de l’extérieur du centre-ville, pour nous faire travailler en commandant sur notre site. »

« C’est épuisant »

« C’est un travail énorme à faire. C’est épuisant. Ce n’est pas tenable dans le temps. Il faut quasiment le double de travail » rapporte Jean-François Tréhant, libraire des Sandales d’Empédocle. Si avant, le client n’avait qu’à faire son choix sur place, désormais, les libraires doivent gérer le site internet, les comptes clients, les commandes et leur préparation. Sans oublier les envois par La Poste. Et c’est tout ce travail de fourmis qui fait que ça fonctionne bien. Murielle, qui travaille à l’Intranquille, précise : « ce n’est pas notre cœur de métier, on sait moins bien faire, mais on essaie de s’adapter, c’est peut-être ce qu’il y a de plus important. » D’autant plus que pour la majeure partie des livres, tous sont sortis à la date prévue. Le plus gros report est certainement celui de JK Rowling, L’ickabog. Certains ouvrages ont tout de même été reportés en décembre. Pour des raisons commerciales ou dans un tout autre but : soutenir les libraires. Sans oublier le confinement qui a perturbé la chaîne du livre. Tous n’étaient pas prêts à sortir tout de suite.

Pendant le premier confinement, aux Sandales d’Empédocle, ce système ne représentait que 10% du chiffre d’affaires. « Ça a commencé assez faiblement mais désormais c’est correct » assure M. Tréhant. Pour Murielle de l’Intranquille, rue des Granges, ça n’a rien à voir avec le premier confinement. Et pour cause, les librairies n’ont réouvert leurs portes qu’à deux ou trois jours du déconfinement. « On garde quand même un contact avec nos clients. Les gens jouent le jeu, nos clients nous soutiennent. Ils font beaucoup d’efforts, même de l’extérieur du centre-ville pour nous faire travailler en commandant sur notre site ». Au confinement précédent, la plupart des sites étaient opérationnels mais peinaient à voir le jour pour des raisons logistiques. Sans compter les incertitudes des consignes gouvernementales et des problématiques sanitaires.

Tant qu’il y a du stock

Dans la petite librairie exiguë, À la page, dans la rue Mégevand, en face de la faculté de lettres, un système de dons a été mis en place. Même si c’est du déstockage, le choix ne manque pas ! C’est 1000 ouvrages qui sont mis à disposition des clients. Marie, qui travaille là-bas, explique l’initiative : « On demande aux gens, par mail ou par téléphone, ce qu’ils ont envie de lire en précisant le genre et ils viennent récupérer le livre en librairie ». Et pour les férus de lecture, pourquoi ne pas laisser le choix aux libraires ? « On gagne rien dessus, mais comme on est une librairie d’occasion, on donne souvent à des associations et là ça commençait à s’entasser », s’amuse Marie. Cet élan de solidarité offre la possibilité aux plus précaires d’avoir accès à la lecture. C’est presque 400 personnes qui sont venues chercher des livres neufs ou d’occasion, entre le 18 et le 21 novembre. « Les livres, ça permet de voyager, de penser à autre chose, d’oublier ses tracas. Ça fait rêver, ça nous apprend des choses, ce n’est pas que du divertissement. Si on ne fait plus ça, je ne sais pas où on va ! »

Unité et solidarité

En tout cas, entre les libraires du centre-ville règne une solidarité hors pair. Pour leurs clients, mais aussi entre professionnels du livre. Si une librairie dispose d’une offre plus importante dans un domaine particulier, ces derniers n’hésitent pas à rediriger leurs clients chez leurs confrères. À l’Intranquille, le positionnement est clair : se soutenir entre libraires d’une part, mais plus largement être solidaire avec l’ensemble des petits commerces en général. « Même si en tant que libraires on considère que notre réouverture est essentielle, on pense que si les conditions sanitaires sont respectées, les commerces doivent pouvoir rouvrir. »



Louise Jeannin

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