Politique & société

Les jeunes militants politiques : Jean-Baptiste Ballot soutient Philippe Poutou, le candidat qui « ne souhaite pas forcément être élu »

Jusqu'au premier tour des élections présidentielles qui aura lieu le 10 avril prochain, La Loop se mobilise pour vous permettre de découvrir les jeunes qui militent pour les candidats. On échange avec eux autour de leur programme et de leurs mesures phares destinées aux jeunes. Rencontre avec Jean-Baptiste Ballot, militant jeune pour Philippe Poutou.


Keziah Cretin, Louise Jeannin et Hugo Petitjean
Le 3 avril 2022 à 17h31, mis à jour le 3 avril 2022 à 18h18

L'interview en vidéo

Retranscription de l’interview

LL : Pouvez-vous vous présenter ? Quel est votre rôle au sein du mouvement ?

Je suis Jean-Baptiste, je suis éducateur spécialisé en protection de l’enfance et je suis membre du NPA, du Nouveau Parti Anticapitaliste, depuis 2016 et la Loi Travail. Nous sommes plusieurs à représenter le NPA sur la ville de Besançon, plusieurs jeunes aussi. Nous n’avons pas de rôles particuliers, nous essayons de prendre des tâches, des activités chacun notre tour. On essaye d’avoir un rôle assez démocratique en interne.

LL : Est-ce qu’il y a un mouvement jeune avec Poutou ? 

Au sein du NPA, il y a un secteur jeune, après pas spécialement autour de la campagne parce qu’on considère que l’élection présidentielle n’est pas le seul moment où l’on peut faire de la politique. On essaye de s’organiser tout le reste de l’année aussi.

LL : Combien y a-t-il de membres jeunes ? 

Je dirais qu’on a 200 ou 300 membres au niveau national.

LL : Est-ce que vous connaissez le programme de Philippe Poutou par cœur ?

Je ne le connais pas par cœur. Je connais les grandes lignes de toute façon et puis c’est un programme qui a été élaboré collectivement, c’est de cette manière qu’on essaye de fonctionner au sein du NPA. C’est l’image que l’on se fait aussi de comment devrait fonctionner la société. J’ai des notions notamment sur la question du programme autour des jeunes puisque cela me touche directement et ça touche mes collègues, mes amis etc.

LL : En tant que jeune, c’est important pour vous de s’engager en politique, de s’engager derrière un candidat ?

Pour moi c’est important ! On voit que nationalement ces dernières années, il y a des mobilisations importantes dans la jeunesse que ce soit sur les questions du climat, de l’anti racisme, les questions féministes… Tout cela crée des luttes, les gens ressentent le besoin de s’organiser collectivement pour dire que ça ne va pas, pour dire que ça va. Un parti, ça propose de s’organiser justement.

LL : Pourquoi selon vous, Philippe Poutou est LE candidat à soutenir ? En quoi il se distingue des autres candidats ?

Déjà c’est un ouvrier. Licencié depuis 2 ans maintenant, il était chez Ford. Donc c’est quelqu’un qui partage nos réalités quotidiennes, de vie, de travail. Ce n’est pas un politicien professionnel, même si c’est la troisième fois qu’il se présente à l’élection présidentielle. En tout cas, c’est la candidature qu’on défend. Ce n’est pas forcément Philippe Poutou en tant que tel mais, c’est le profil de personne qu’on défend. On considère que celui qui doit représenter les intérêts du plus grand nombre doit aussi connaitre les conditions de vie, les conditions de travail des personnes qu’il représente.

LL : Dans les sondages d’intention de vote au premier tour, Philippe Poutou termine avant-dernier (1,5%), juste devant Nathalie Arthaud (0,5 %) et très loin derrière les candidats de tête : Emmanuel Macron (29%) et Marine Le Pen (16%). Comment on arrive à continuer à faire campagne avec un si petit score ?

Effectivement, ça fait 3 fois que Philippe Poutou se présente. Avant, c’était Olivier Besancenot qui se présentait, encore avant c’était Alain Krivine pour la LCR, la Ligue des Communistes Révolutionnaires dont on est les héritiers. On a une longue tradition de lutte et donc aussi des élections au sein du NPA. En effet, nous sommes bas dans les sondages, mais nous n’en n’avons un peu rien à faire et on ne souhaite pas forcément être élus. Nous sommes contre la fonction présidentielle, nous sommes contre le système tel qu’il est actuellement et l’on considère qu’il est antidémocratique. On considère que les élections, ce n’est pas l’alpha et l’oméga de nos vies et de la politique. Finalement, c’est juste la cristallisation à un moment donné des luttes qu’on a tenté de mener.

C’est aussi une fenêtre médiatique que l’on n’a pas forcément l’habitude d’avoir. C’est vrai que c’est un temps d’antenne où l’on nous retrouve dans les journaux, à la télé ou à la radio. Ce qui arriverait sans doute plus rarement en dehors des temps des élections et pour nous c’est important effectivement de faire connaitre nos idées d’autant plus en ce moment.

LL : On passe désormais aux mesures du programme. Si vous deviez donner 3-4 mesures phares et les plus intéressantes de Philippe Poutou concernant les jeunes, vous donneriez lesquelles ?

La première et la plus importante de toute : Un présalaire d’autonomie pour les 18-25 ans. On est pour l’augmentation du Smic à 1 800 euros. Un présalaire d’autonomie qui serait à 75 % de 1 800 euros. Cela permettrait aux jeunes qui font des études de pouvoir s’y consacrer vraiment. On voit encore aujourd’hui que 40 % des étudiants sont obligés de travailler pour financer leurs études quand il n’y a pas les parents derrière ou quand ça ne suffit pas. On considère que tout le monde devrait pouvoir mener sa vie comme il le souhaite et mener des études s’il le souhaite. S’il a envie de faire de la philosophie, même si ce n’est pas le truc le plus productif, même si ce n’est pas ce qui amène à un métier forcément derrière. On est pour le savoir libre.  

On est pour la suppression de Parcoursup et la sélection à l’université qui, selon nous, renforce les inégalités entre les jeunes. On considère que l’on a le droit de se tromper. On a le droit d’être un peu à côté des fois, de changer d’avis et l’on considère que Parcoursup cristallise beaucoup d’inégalités au sein de la jeunesse.

On est contre la réforme du bac, on est pour une renationalisation de ce diplôme.

Pour la jeunesse, ce que l’on met en avant, c’est que tous les jeunes ne sont pas étudiants. Il y a différentes possibilités d’être jeune, par exemple dans le cadre des apprentis, on est pour un salaire d’apprentissage qui serait équivalent au Smic.

LL : Concernant le budget de l’Université, doit-on l’augmenter ?

Je crois que c’est indéniable. Il faut pouvoir mettre des moyens dans le service public. Il faut faire sortir les actionnaires des entreprises privées des conseils d’administration de nos facs pour qu’ils ne puissent pas décider où vont les fonds publics. Et réinjecter du fric dans l’enseignement, que ce soit dans le supérieur ou le secondaire. Dans les lycées, on est pour des classes à 20 élèves maximum.

LL : On arrive à la dernière partie de cette interview, avec les questions sur les mesures du programme d’ordre plus général. On vous demande désormais de décrire le plus fidèlement possible le programme de Philippe Poutou en donnant les 3 ou 4 promesses fondatrices de son programme. Lesquelles vous citeriez ?

Je pense que ce qu’il faut mettre en avant aujourd’hui, c’est ce qui a fait polémique en tout début de campagne, c’est le désarmement de la police. Comme le disait Philippe Poutou, qui est aujourd’hui convoqué au commissariat pour ça, la police tue. Après, on peut discuter de comment elle tue. Est-ce que c’est de la légitime défense ? Est-ce que c’est une bavure ? Il faut pouvoir dire que la police tue, et donc la désarmer. On pense que cela désamorcerait un bon nombre de conflits et notamment dans les classes les plus précaires de la société.

Un autre point, puisqu’on est féministes avant tout, c’est la gratuité de l’avortement et de la contraception pour toutes et tous.

LL : Vous l’avez dit, Philippe Poutou souhaite désarmer “la police en contact avec la population”. Est-ce que vous ne pensez pas que ça peut être un risque, notamment en cas d’attentat ou d’agression physique violente, pourquoi pas avec arme ?

Quand on parle d’arme, on parle d’arme létale ou sublétale (qui tue ou qui neutralise. Le taser est une arme sublétale, toutes les armes à feu sont des armes létales, NDLR). Effectivement aujourd’hui il y a des attentats terroristes, on l’a encore vu dernièrement à Bruxelles. C’est des choses qu’il faut combattre. Pour nous, ça passe par plus de moyens et par la reconnaissance de métiers que l’on ne considère pas vraiment.

Je suis éducateur spécialisé, j’ai aussi travaillé dans les quartiers populaires, et je pense qu’un bon éducateur, c’est mieux que dix mauvais flics ou même dix bons flics. Parce que ça désamorce les conflits et qu’on essaye d’éviter au maximum d’arriver aux cas les plus extrêmes.

Si l’on veut parler de ce que l’on fait contre le terrorisme, pour moi, c’est assez simple. En France, on a vu que les multinationales et l’État vendaient des armes à des pays sous tension comme l’Arabie Saoudite. Ces armes, on les a retrouvées dans des conflits au Yémen encore aujourd’hui. On vient déstabiliser des zones du monde déjà fragiles pour des intérêts économiques. Cette question du désarmement de la police, elle ne doit pas se mener toute seule, elle ne doit pas être une mesure isolée. Elle va dans le sens d’une politique qui doit aller dans le sens d’une non-intervention dans les pays extérieur.

LL : Par rapport à ce désarmement, on peut penser aux personnes déséquilibrées mentalement. Vous pensez que l’éducation et le fait de ne plus vendre d’armes à l’étranger va changer les choses ?

Il faut réinvestir des moyens dans les services publics, dans l’hôpital, dans les services psychiatriques. La psychiatrie est le parent pauvre de l’hôpital et l’on sait combien l’hôpital est en souffrance. Aujourd’hui, il n’y a plus de place dans les hôpitaux psychiatriques. La question aujourd’hui, c’est comment on s’occupe des marges de notre société, comment on peut être bienveillant, comment on les contenir un maximum et éviter tous ces débordements. C’est du préventif.

LL : La « suppression de la présidence de la République et du Sénat” est une mesure du programme de Philippe Poutou. Et une mesure assez importante ! Comment ça va se passer exactement ? On élit un président qui va supprimer sa fonction ?

On est pour des conseils, des assemblés démocratiques qui permettent de décider collectivement de ce que l’on fait de nos vies. La fonction présidentielle, pour moi, est anachronique. Elle n’a pas de sens dans l’histoire parce que conférer la majorité des pouvoirs de l’État à une seule personne, ça peut amener à des dérives et c’est ce que l’on a vu ces dernières années notamment sous le mandat d’Emmanuel Macron où l’on voit un renforcement de la répression au sein de la jeunesse. Si tout le monde est partie prenante de cette démocratie, on réduit aussi un certain nombre de problèmes. C’est à nous de reprendre nos affaires en main. C’est nous qui savons mieux comment gérer nos vies.

LL : Beaucoup de candidats, y compris Philippe Poutou, souhaitent légaliser le cannabis. Ça prendra quelle forme chez Philippe Poutou ?

On est pour la dépénalisation. Je ne connais pas vraiment la position du NPA là-dessus, je vais donc donner un avis très personnel. Je pense que le modèle portugais est un modèle à suivre, avec la dépénalisation de toutes les drogues et des mesures préventives pour accompagner au mieux les personnes qui peuvent être dépendantes. C’est une maladie qui peut être induite par plein de facteurs notamment sociaux. Au lieu de criminaliser, il faut accompagner ces personnes.

LL : Philippe Poutou désire également mettre un terme au nucléaire. On sait que c’est la source d’énergie la plus productive aujourd’hui (60% de l’électricité produite par nucléaire). Par quelle solution viable on va pouvoir les remplacer ?

Je pense déjà à un changement radical de nos façons de vivre, de nos modes de consommations. Une baisse de la consommation qui implique forcément des concessions individuelles, mais aussi collectives, notamment injecter un maximum de moyen dans les transports publics. On voit en Bourgogne Franche-Comté qu’il y a une ouverture à la concurrence, au privé de certaines lignes TER. On est contre car c’est mettre de plus en plus de voitures sur la route.

Donc réduire son émission de gaz à effet de serre, c’est repenser nos façons de vivre plus largement. Si Philippe Poutou est élu, on ne sortira pas du nucléaire demain, mais c’est une transition sur le long terme. Je sais qu’il y a des associations, des ONG internationales qui préconisent une sortie sur 20-30 ans, je pense que c’est viable. Je ne suis pas scientifique mais pour autant, je pense que c’est intéressant de s’intéresser à ces études-là.

LL : Philippe Poutou souhaite mettre en place un “plan d’aide aux médias associatifs et à but non lucratif”. C’est-à-dire que La Loop pourrait solliciter un financement ?

Bien sûr ! Tous les médias indépendants qui respectent les codes déontologiques de la profession, doivent pouvoir être financés par de l’argent public. On voit aussi qu’aujourd’hui, il y a un monopole d’un certain nombre de médias dominants qui sont entre les mains d’une toute petite partie de la population. En l’occurrence, c’est Bolloré, c’est Bouygues. C’est les plus gros acteurs économiques de notre pays. On se demande comment c’est possible que l’information passe librement et pas de manière biaisée quand c’est une toute petite partie de la population qui a ce pouvoir entre ses mains.

LL : Philippe Poutou veut développer des transports en commun 100 % gratuits. C’est une très bonne idée en soit, mais si plus rien n’est financé par les usagers, est-ce qu’on ne risque pas de voir l’offre s’amenuiser ?

Je pense que l’exemple que l’on a dans les pays libéralisés, c’est que quand les lignes ne sont pas rentables, ils les suppriment. C’est ce que l’on voit dans la région avec les lignes TER ou ce genre de chose. Si nous contrôlons ces lignes de transports, ce risque s’amenuise. C’est une politique d’investissement massif dans les transports publics, mais ça fait aussi partie de la politique de transition énergétique et écologique que l’on souhaite amorcer.

Les engagements phares de Philippe Poutou

Études / pour les jeunes

  • Instaurer un revenu d’autonomie pour les 16-25 ans
  • Rémunération au Smic pour les apprentis
  • Limiter les effectifs à 20 élèves par classe jusqu’au lycée
  • Renationaliser le diplôme du bac
  • Mettre un terme à Parcoursup et à la sélection en université
  • Rejeter tout projet de service militaire ou civique

Politique

  • Sortir de l’OTAN
  • Supprimer le Sénat
  • Interdire le cumul des mandats
  • Quitter le modèle de la Vᵉ République

Santé

  • Ouvrir 100 000 lits dans les hôpitaux
  • Allonger le délai légal de l’IVG à 24 semaines
  • Assurer l’accès à la PMA pour toutes
  • Légaliser le cannabis

Social

  • Réduire le temps de travail à 32 heures sur quatre jours
  • Instaurer un Smic à 1 800 euros net
  • Retraite à 60 ans
  • Augmenter tous les revenus de 400 euros
  • Régulariser les sans-papiers

Sécurité

  • Désarmer la police
  • Dissoudre les brigades anti-criminalité (BAC) et les brigades de répression de l’action violente (BRAV). 
  • Mettre fin aux interventions militaires extérieures et retirer les troupes françaises
  • Mettre fin à l’exportation d’armes


Keziah Cretin, Louise Jeannin et Hugo Petitjean