Politique & société

Le combat continue pour Stéphane Ravacley, le boulanger bisontin

Enolane Dubrez
Le 17 février 2021 à 20h30, mis à jour le 31 mars 2021 à 12h08

« Mon apprenti est régularisé. Et les autres ? »

Avec une grève de la faim Stéphane Ravacley, artisan boulanger à la Hûche à Pain, a su attirer tous les regards sur lui et son apprenti Laye, un jeune guinéen sans papiers français, menacé d’expulsion. Grâce à une grande médiatisation, Laye a obtenu une régularisation et continue de travailler à la boulangerie. Mais pour Stéphane Ravacley, le combat ne s’arrête pas là. « Mon apprenti est régularisé. Et les autres ? ». Entretien.

La Loop : Comment ça fonctionne en France, pour les jeunes immigrés sans papier aujourd’hui ?

Stéphane Ravacley : Pour commencer on sait très bien qu’ils n’ont pas de papiers quand ils arrivent car ils se présentent comme tels. Mais comme ils sont mineurs isolés, c’est-à-dire sans famille avec eux, la loi les protège jusqu’à leurs 18 ans. On leur fournit des vêtements, un logement, un téléphone… Tout ça coûte de l’argent. On les inscrit aussi dans une formation, l’État nous demande de les prendre en apprentissage, pour finalement les expulser à 18 ans quelques mois avant l’obtention de leur diplôme. Tout cet argent, on le jette aussi avec eux à la frontière.

On a un peu l’impression que vous avez prouvé à tout le monde que c’est possible de se battre contre ces expulsions. Beaucoup de jeunes comme Laye ont élevé la voix récemment. 

J’ai mis le doigt sur une injustice, car ce sont de bons gamins, qui ont faim de la vie. Ils ont envie de travailler, ils ont envie de réussir. J’en reçois tous les jours des messages de jeunes dans le cas de Laye, ce n’est pas toujours une envie de rester en France mais la volonté de réussir un cursus scolaire et de pouvoir repartir chez eux avec un diplôme français qui a de la valeur.

La médiatisation c’est à l’heure actuelle, la seule solution d’être régularisé ?

Bien-sûr, si on ne dit rien, si on les rend invisibles c’est mort. Ils sont déjà invisibles, on ne les voit pas et on ne les entend surtout pas. La plupart des gens qui me contactent, qui veulent permettre à leurs apprentis ou élèves de rester en France, ont peur de cette médiatisation. Pour eux plus le gamin sera médiatisé, plus il sera en danger. Mais c’est complètement l’inverse ! Plus on sera nombreux à montrer ces visages, plus on gagnera.

« Patrons Solidaires » c’est quoi ? 

On a fait exister cette page Facebook « Patrons Solidaires » et par là, je demande aux patrons dans mon cas de venir vers nous. De cette manière on peut les mettre en avant, sur des pétitions, sur notre compte Instagram, etc… Plus ils seront médiatisés et moins l’État aura le choix de les faire rester, c’est comme ça que Laye a été régularisé.

Vous avez une faculté à vous mettre en colère, alors faites-le. Parce que c’est une pure injustice

Stéphane Ravacley

Quel est votre projet ?

Je travaille avec un groupe de députés qui sont complètement d’accord avec moi. On ne peut pas accueillir ces mineurs, utiliser l’argent commun pour eux, les former et ensuite les mettre dehors. Ils arrivent en France avec un passé très compliqué, sans rien. Ils travaillent dur pour faire leurs preuves et on les renvoie chez eux, sans rien, encore une fois malgré tous leurs efforts. Le plus incohérent c’est que l’on manque de main d’œuvre, rien qu’en boulangerie il y a actuellement environ 9 000 emplois qui ne sont pas pourvus. Et c’est la même chose dans le domaine de la restauration, du bâtiment, etc. Donc pourquoi les chasser alors qu’ils sont en train de faire vivre des entreprises et qu’ils ne prennent la place de personne ?

Qu’envisagez-vous pour les protéger ? Une loi ?

Le but c’est de les protéger jusqu’à l’obtention d’un diplôme ou la fin d’un cursus scolaire. Donc oui on travaille sur une loi. On va faire comme si on avait les pleins pouvoirs et on va aller jusqu’au bout, on sera peut-être arrêté, mais on aura essayé. Et on entendra parler de nous. Il faut que ça fasse boule de neige pour que les choses bougent. 

Vous aimeriez adresser un mot aux étudiants ?

Il faut relayer les informations. Vous connaissez les réseaux sociaux par cœur et vous savez comment faire. Lancez des pétitions, relayez les visages, leurs vies. Il y en a plein à Besançon des jeunes dans ce cas-là. Vous en connaissez sans doute, vous les croisez. C’est votre génération ! Vous n’avez pas eu à traverser les déserts, une mer, en ayant faim. Comme moi d’ailleurs. Donc c’est à nous de les aider. Vous avez une faculté à vous mettre en colère alors faites-le. Parce que c’est une pure injustice. 



Enolane Dubrez

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