Politique & société

Comprendre le conflit en Ukraine en 10 minutes

Hugo Petitjean
Le 1 mars 2022 à 20h09, mis à jour le 1 mars 2022 à 21h56

Dans la nuit du 23 au 24 février dernier, Vladimir Poutine annonce à la télévision russe qu'il lance une opération militaire en Ukraine. Pourtant, le conflit avec l'Ukraine dure depuis des années. Alors, pourquoi envahir l'Ukraine, et pourquoi maintenant ? Quelles sont les raisons de ce conflit ? La Loop vous donne quelques éléments de réponse généraux pour vous permettre de comprendre le conflit en cours sans vous prendre la tête.

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Le conflit entre l’Ukraine et la Russie dure depuis des siècles. Pour le comprendre, nous vous proposons de reprendre les différents aspects du conflit, notamment dans l’ordre chronologique, de façon simple et claire. Vous allez le voir, le peuple ukrainien est depuis bien longtemps divisé en deux camps. Un clivage de population accompagné également d’une indépendance instable de l’Ukraine, qui restera russe jusqu’en 1991.

Un peuple ukrainien divisé

Tout le monde ne peut pas être d’accord sur tout. En France, certains souhaitent voir la droite au pouvoir, quand d’autres estiment qu’elle est illégitime à gouverner un pays et préfèreraient la gauche. C’est un peu la même chose pour l’Ukraine.

En réalité, le pays est confronté à une divergence d’opinion entre deux « clans » de la population : les Ukrainiens prorusses et les Ukrainiens proeuropéens. Ce conflit dure notamment depuis 2004, date de la Révolution orange.

Alors que se tient le second tour des élections présidentielles ukrainiennes, deux candidats s’affrontent : Viktor Ianoukovytch (prorusse et soutenu par Vladimir Poutine) et Viktor Iouchtchenko (plutôt proeuropéen). Les résultats du second tour annoncent Ianoukovytch vainqueur avec 49 %, contre 47 % pour Iouchtchenko). Mais les soupçons de trucage pèsent. Alors que l’Union européenne et les États-Unis dénoncent une irrégularité électorale, Poutine persiste à défendre « son » candidat. Les Ukrainiens prooccidentaux (plutôt installés dans l’ouest du pays) s’opposent alors aux Ukrainiens prorusses (installés dans l’est du pays). Les protestations permettront d’imposer un troisième tour, permettant à Iouchtchenko de prendre la tête de l’Ukraine fin 2005.

En 2010, le mandat présidentiel (traditionnellement de cinq ans en Ukraine) de Viktor Iouchtchenko arrive à expiration. De nouvelles élections sont initiées et le candidat prorusse Ianoukovytch est élu président de l’Ukraine. Conformément à ses convictions, il refuse toute proximité avec l’Union européenne. Les Ukrainiens proeuropéens manifestent (mouvement Euromaïdan) et parviennent à renverser le pouvoir. Une nouvelle fois, de nouveaux affrontements éclatent entre prorusses et proeuropéens.

Ces affrontements font naître la fameuse guerre du Donbass (encore en cours aujourd’hui) entre le gouvernement ukrainien (plutôt prooccidental et proeuropéen) et les séparatistes prorusses et la Russie. Elle se déroule dans l’est de l’Ukraine (territoire où sont principalement situés les prorusses).

Aujourd’hui, ce clivage entre population de l’Est et population de l’Ouest n’a pas disparu.

Les montagnes russes de l’indépendance

Jusqu’en 1783, les Russes possèdent une bonne partie de l’Est de l’Ukraine. À cette date, ils annexent la Crimée et s’emparent des trois quarts du pays, faisant naître la Petite Russie.

À la fin de l’empire russe, en 1917, suite à la révolution de Février, l’Ukraine devient indépendante. Toutefois, les frontières ne sont pas identiques à celles que l’on connait aujourd’hui.

Une indépendance de courte durée, puisqu’en 1922, l’Ukraine est intégrée à l’URSS, devenant la République socialiste soviétique d’Ukraine. Une grande majorité des paysans se révoltèrent contre cette annexion du pays à l’Union soviétique. En répression, le pouvoir soviétique imposa une famine qui tua des millions de personnes, ainsi que des déportations.

En 1954, pour marquer l’union entre la Russie et l’Ukraine, le 1er secrétaire du Parti communiste d’Union soviétique « offre » la Crimée (région) à l’Ukraine, qui appartient toujours à l’Union soviétique.

Mais en 1991, lorsque s’effondre l’URSS, l’Ukraine redevient indépendante, et c’est l’indépendance que nous connaissions jusqu’à maintenant.

En 2014, suite à sa déchéance en 2010 en raison du renversement du pouvoir, le président prorusse Ianoukovytch appel l’armée russe à rétablir l’ordre en Ukraine, alors que s’opposent toujours prorusses et proeuropéens. La Russie engage alors son armée, notamment en Crimée. Par un référendum un peu forcé, la Crimée proclame son indépendance et se rattache à la fédération de Russie. Une décision contestée par l’Europe.

Localisation de la Crimée – © Hugo Petitjean / La Loop

Pourquoi l’Ukraine est-elle disputée ?

Du temps de l’URSS, l’Ukraine est un territoire stratégique pour l’Union soviétique : elle produit 1/4 de la production agricole de l’URSS et abrite une grande partie des mines de fer et de charbon, alimentant ainsi les usages militaires et industriels de l’Union soviétique.

Aujourd’hui, l’Ukraine est toujours stratégique pour la fédération de Russie. Alors depuis 1991, la situation d’indépendance de l’Ukraine n’est pas vraiment au goût de Vladimir Poutine, arrivé à la tête de la Russie en 2000, ceci pour plusieurs raisons :

  • Le dirigeant russe estime, en effet, que les populations prorusses sont persécutées par le pouvoir en Ukraine.
  • Il apprécierait également agrandir la fédération de Russie, l’Ukraine s’étendant sur 576 604 km², soient 86 % de la France.
  • Il voit d’un mauvais œil le rapprochement entre l’Union européenne et l’Ukraine, qui a annoncé le 14 février être tentée d’intégrer l’OTAN. Cette démarche signifierait que tout militaire de l’OTAN (européen et américain) pourrait longer les 2 000 km de frontière partagés entre l’Ukraine et la Russie.
  • L’Ukraine, et notamment la région de Crimée, possède d’importants champs de gaz.

L’embrasement récent de la discorde

Le véritable conflit a débuté officiellement le 24 février. Mais en reconnaissant l’indépendance des séparatistes prorusses ukrainiens le 21 février, Vladimir Poutine a mis le feu aux poudres. Quelques minutes plus tard, le Royaume-Uni, les États-Unis et l’Union européenne condamnent fermement cette décision.

Pourtant, le jeudi 24 février au matin, Vladimir Poutine annonce à la télévision qu’il lance une opération militaire en Ukraine. Une opération qualifiée d’opération « surprise », tant elle était inattendue.

Allocution télévisée de V. Poutine / Capture d’écran

L’intervention de l’armée russe avait pour but, selon Vladimir Poutine, de « maintenir la paix » dans les territoires séparatistes prorusses en Ukraine, notamment dans le Donbass. Mais face à cette décision qu’il considère comme violant la souveraineté de l’Ukraine, son président Volodymyr Zelensky s’est lancé dans un face-à-face avec la Russie, en déclarant « n’avoir peur de rien et personne ». En riposte, Zelensky envoya des soldats ukrainiens défendre leur territoire, donnant lieu à des affrontements dans l’est de l’Ukraine, mais aussi dans l’ouest.

Le 25 février, Vladimir Poutine appelle l’armée ukrainienne à « prendre le pouvoir » à Kiev, en qualifiant le pouvoir de « clique de drogués et de néonazis ». Ces déclarations invitent à penser que Poutine veut la tête du président ukrainien Zelensky.

La menace nucléaire

Ce qui inquiète les occidentaux, au-delà de la décision unilatérale prise par Vladimir Poutine, c’est sa menace d’utiliser la force nucléaire. Il a annoncé le 27 février mettre en alerte « la force de dissuasion » russe. Une première dans l’histoire.

Même si les chiffres sont plutôt confidentiels, l’institut international de recherche autour des conflits et de l’armement (SIPRI) estime à 6 255 le nombre de munitions nucléaires appartenant à la Russie, soit une puissance de feu nucléaire 22 fois supérieure à celle de la France (seulement 290 ogives nucléaires).

« C’est du bluff ! Il fait ça pour que l’opinion se dise qu’il faut tout arrêter »

François Hollande

Ancien Président de la France (2012-2017)

Toutefois, selon François Hollande, invité de l’émission Quotidien lundi soir dernier, cette menace est un coup de bluff. « Bien sûr que c’est du bluff ! Poutine sait parfaitement que s’il devait utiliser l’arme nucléaire, il y aurait, en réponse, une réaction américaine et une réaction de tous les pays qui disposent de la force de dissuasion en Europe, c’est-à-dire la France et le Royaume-Uni. Une réaction qui serait extrêmement forte et qui engendrerait des dégâts considérables. Donc il fait ça, non pas pour utiliser l’arme, mais pour évoquer l’arme nucléaire et pour que l’opinion se dise qu’il faut tout arrêter ».

Le conflit est encore en cours. La Russie a d’ores-et-déjà annoncé qu’elle continuera son offensive en Ukraine « jusqu’à ce que tous les objectifs » aient été atteints. À ce jour, selon l’ONU, plus de 660 000 réfugiés ont fui l’Ukraine depuis le début du conflit.

En soutient à la population ukrainienne, l’ONU a demandé d’urgence 1,7 milliard de dollars pour accentuer l’aide humanitaire. En attendant, l’Union européenne a déjà promis 500 millions d’euros.



Hugo Petitjean

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