Gastronomie & Terroir

Cancoillotte : le fromage fondu comtois, chaud ou froid

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La Loop Besançon

Cancoillotte : metton, IGP, dégustation chaude ou froide, parfums, plats comtois et conseils pour la choisir et la rapporter de Besançon.

La cancoillotte est un fromage franc-comtois coulant, obtenu en faisant fondre du metton, un caillé de lait écrémé, avec de l’eau, du sel et un peu de beurre. Légère, protégée par une IGP depuis 2022, elle se tartine froide sur du pain grillé ou se nappe chaude sur des pommes de terre.

À Besançon, le pot de cancoillotte tient une place à part dans le réfrigérateur, entre le comté entamé et le reste de saucisse fumée. Les visiteurs la regardent d’abord avec méfiance, à cause de sa texture presque liquide. Les Bisontins, eux, savent qu’il suffit d’une tartine pour être convaincu. Voici comment elle se fabrique, comment la manger et comment la choisir.

Le metton, point de départ de la cancoillotte

Tout commence par un fromage que personne ne mange tel quel : le metton. Doubs Tourisme le décrit comme un petit fromage légèrement fermenté, issu du lait écrémé après la fabrication du beurre, un « lait cru caillé, écrémé et chauffé ». Autrement dit, la cancoillotte naît de ce qui reste une fois la crème partie à la baratte.

Le metton se présente en grains ou en petits blocs émiettés. Laissé à mûrir, il prend une teinte plus soutenue et un parfum franc, presque piquant. Cru, il ne séduirait pas grand monde. Chauffé avec un peu d’eau et de sel, il se transforme : les grains fondent, la masse devient lisse, brillante, filante. Le beurre arrive en toute fin de préparation, pour le moelleux et la rondeur.

Cette origine explique la légèreté du produit. Doubs Tourisme situe sa matière grasse entre 5 et 10 %, et l’office de tourisme des Montagnes du Jura la range parmi les fromages les moins caloriques. Le gras du lait est parti dans le beurre, pas dans le pot.

Autrefois, la cancoillotte portait un surnom sans détour : le « fromage du pauvre », rappelle Doubs Tourisme. Dans les fermes, rien ne se perdait. La crème devenait beurre, vendu ou gardé pour la cuisine, et le lait maigre devenait metton, puis sauce du soir. L’office des Montagnes du Jura la présente aussi comme un fromage de vallée, du « bas pays », à l’opposé des grandes meules d’altitude dont le guide sur l’affinage du Comté détaille le long vieillissement en cave.

Pots de cancoillotte ouverts sur une planche en bois, entourés de pain grillé et de pommes de terre

Une IGP depuis 2022 : ce que le nom garantit

L’histoire de la cancoillotte est ancienne. Les offices de tourisme du Doubs et des Montagnes du Jura évoquent tous deux un fromage vieux de plus de 2 000 ans. Son passage à l’échelle industrielle, toujours selon l’office des Montagnes du Jura, doit beaucoup à Laurent Raguin, qui eut l’idée de la stériliser et de la conditionner en boîtes de fer-blanc pour ravitailler les soldats français. Le pot d’aujourd’hui garde la trace de cette idée de conservation.

La reconnaissance officielle est bien plus récente. En 2022, la cancoillotte a obtenu l’indication géographique protégée, précise Doubs Tourisme, une IGP qui garantit l’authenticité de sa recette et sa fabrication locale. Le nom Cancoillotte ne se prête donc plus à n’importe quelle préparation fondue : il suppose le respect d’un cahier des charges homologué.

Une IGP n’est pas une AOP. Le Mont d’Or ou le Comté relèvent d’une appellation d’origine protégée, qui encadre de très près la zone de production du lait, les races et l’altitude. L’IGP protège d’abord un savoir-faire rattaché à un territoire et une dénomination. Le guide du Mont d’Or montre l’autre versant, celui d’un fromage dont même les dates de fabrication sont fixées par l’appellation.

Concrètement, pour vous, un réflexe suffit au rayon frais. Retournez le pot, repérez la mention Cancoillotte IGP et le logo européen jaune et bleu. Sans eux, le produit peut être bon, il ne répond simplement pas au même engagement.

Cette protection change aussi le regard porté sur le pot. Longtemps cantonnée au rayon des produits modestes, la cancoillotte figure désormais parmi les signes de qualité de la région, aux côtés des grands fromages d’appellation. Pour les fabricants comtois, le label ferme la porte aux imitations vendues sous le même nom. Pour vous, il offre un point d’appui simple au moment de remplir le panier, sans avoir à connaître chaque atelier.

Chaude ou froide : la question qui divise les tablées

Posez la question à trois Bisontins, vous obtiendrez trois réponses. La cancoillotte se mange froide, tiède ou franchement chaude, et chacun défend sa version. L’office des Montagnes du Jura résume l’affaire : elle se déguste « froide sur une tranche de pain ou chaude pour accompagner vos plats ».

Froide, la tartine franche

Sortie du réfrigérateur, la cancoillotte garde une texture de crème épaisse. Elle se tartine sur du pain de campagne grillé, encore tiède, en couche généreuse. Le goût du metton ressort alors nettement, lacté et légèrement acidulé. C’est la version de l’apéritif improvisé, du casse-croûte du retour de balade ou du plateau du dimanche soir.

Un conseil : laissez le pot une dizaine de minutes à température ambiante avant de servir. Trop froide, elle se fige et perd une partie de son parfum.

Chaude, la sauce des soirs d’hiver

Chauffée, elle devient une nappe coulante et filante. Dans la région, elle porte le surnom de « la colle », note l’office des Montagnes du Jura, et le surnom prend tout son sens quand la cuillère remonte du poêlon avec un long fil doré. Chauffez-la toujours à feu très doux, en remuant, ou au bain-marie. Une ébullition la fait trancher : le petit-lait se sépare et la texture devient granuleuse.

Pour l’assouplir, ajoutez une noix de beurre ou un trait de vin blanc du Jura en fin de chauffe. L’office des Montagnes du Jura suggère justement une sauce au vin blanc, idéale sur une volaille ou des légumes vapeur.

Nature, ail, vin jaune : choisir son parfum

La cancoillotte nature reste la référence, celle qui permet de juger le travail du fromager. Autour d’elle, les parfums se sont multipliés. Les offices de tourisme du Doubs et des Montagnes du Jura en citent plusieurs :

  • l’ail, le grand classique, qui relève les pommes de terre et le pain grillé ;
  • le vin jaune ou le Savagnin, pour des notes de noix qui rappellent les vins du Jura ;
  • les champignons, qui s’accordent avec une viande blanche ou une omelette ;
  • le cumin, discret, très apprécié avec les crudités de l’apéritif ;
  • l’ail des ours et le basilic, plus végétaux, pour les tartines de printemps ;
  • l’absinthe et la truffe, pour les curieux et les tables de fête.

Votre première cancoillotte ? Commencez par la nature, froide puis chaude, pour comprendre la base. L’ail vient ensuite, presque naturellement. Les parfums plus audacieux se découvrent au fil des visites, en demandant conseil au fromager.

Un repère utile : plus le parfum est marqué, plus le plat doit rester simple. Une cancoillotte au vin jaune n’a pas besoin d’autre chose qu’une pomme de terre en robe des champs.

Cancoillotte chaude versée à la louche sur des pommes de terre en robe des champs dans une assiette creuse

Morteau, gratins, marmite : la cancoillotte dans l’assiette comtoise

À table, la cancoillotte joue rarement les premiers rôles. Elle accompagne, lie, nappe. Doubs Tourisme cite le pain grillé nature, les fondues franc-comtoises, les gratins et les quiches ; l’office des Montagnes du Jura ajoute les pommes de terre au four et le gratin de courgettes. Le tableau ci-dessous rassemble les usages les plus répandus dans les cuisines bisontines.

PlatCancoillotteMoment
Pain de campagne grilléFroide ou tiède, nature ou à l’ailApéritif, casse-croûte
Pommes de terre en robe des champsChaude, nappée au dernier momentDîner d’automne
Saucisse de Morteau pochéeChaude, en saucière à partRepas du dimanche
Gratin de courgettes ou de chou-fleurÉtalée avant d’enfournerPlat familial
Quiche ou tarte saléeMêlée à l’appareil aux œufsDéjeuner rapide
Volaille ou poisson de rivièreEn sauce, allongée de vin blancRepas de fête

L’assiette la plus typique associe pommes de terre, cancoillotte chaude et saucisse de Morteau. Le fumé de la saucisse, le fondant de la pomme de terre et l’acidité du metton se répondent à chaque bouchée. Le portrait des spécialités franc-comtoises détaille la Morteau et ses voisines, du comté au vin jaune.

Côté restaurants, la cancoillotte se glisse aussi dans des recettes plus inattendues. Le guide des restaurants de Besançon signale par exemple des escargots en marmite à la cancoillotte, un mariage qui surprend moins une fois goûté.

Le secret des bonnes cancoillottes chaudes tient souvent au timing. Versez-la sur les pommes de terre juste avant de servir, jamais dans le plat en attente : elle épaissit en refroidissant et perd son côté filant.

L’acheter à Besançon et la rapporter dans ses bagages

Le pot de cancoillotte se trouve partout en ville, du rayon frais de l’épicerie de quartier aux fromageries du centre. Pour la choisir avec un peu plus d’exigence, les étals des marchés de Besançon restent le bon terrain : les fromagers y proposent souvent plusieurs parfums, et certains font goûter à la petite cuillère avant l’achat.

Au moment de choisir, quelques repères aident à faire le tri :

  • vérifiez la mention IGP sur le pot ou l’opercule ;
  • lisez la date limite, car la cancoillotte reste un produit frais ;
  • prenez un petit format pour un premier essai, surtout pour un parfum inhabituel ;
  • demandez au fromager quelle version il sert chaude et laquelle il préfère froide.

Pour la rapporter, traitez-la comme un laitage. Glissez les pots dans un sac isotherme avec un pain de glace, et rangez-les au réfrigérateur dès l’arrivée. Le pot rigide voyage bien, mieux qu’un fromage à la coupe. Une fois ouvert, respectez les consignes de conservation indiquées sur l’emballage et refermez-le soigneusement.

Vous composez un panier gourmand à offrir ? Associez un pot nature, un pot à l’ail, un morceau de comté et une saucisse fumée. Le destinataire aura de quoi reproduire une assiette comtoise complète chez lui, sans recette compliquée.

Panier en osier posé sur des pavés, garni de pots de fromage, d’une saucisse fumée et d’un pain de campagne

Les petits rituels bisontins autour du pot

Chez beaucoup de familles, la cancoillotte signe la fin de semaine. Le samedi, le pot rejoint le panier du marché. Le dimanche soir, il sort du réfrigérateur avec les restes de pommes de terre, et le repas se règle en un quart d’heure, poêlon au milieu de la table.

Autre scène familière : la tartine du matin, pain grillé et cancoillotte froide, avalée debout avant de filer. Les amateurs de sucré-salé la déposent même sur une tranche de pain d’épices, ce qui fait lever quelques sourcils hors de la région.

Les enfants apprennent tôt le geste du fil : faire tourner la cuillère pour enrouler la cancoillotte chaude sans en perdre une goutte. Rater son coup et en mettre sur la nappe fait partie de l’apprentissage. À Besançon, personne ne s’en offusque, la colle porte bien son nom.

Prochaine étape : achetez un pot nature et un pot à l’ail, goûtez-les froids sur du pain grillé, puis réchauffez le reste doucement pour napper des pommes de terre le soir même. Deux dégustations suffisent pour choisir votre camp.

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